Interstellar Space (1974)

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Interstellar Space (1974)

Message par Ayler le 17.07.08 21:05

Interstellar Space (1974)



Face 1

1. Mars
2. Venus

Face 2

1. Jupiter
3. Saturn

Personnel :
John Coltrane - saxophone ténor, grelots
Rashied Ali - batterie

Session du 22 février 1967, au studio de Rudy Van Gelder.

La première réédition CD (GRP/Impulse!) présentait deux inédits, "Leo" et "Jupiter Variation", issus de la même séance :

1. Mars
2. Leo
3. Venus
4. Jupiter Variation
5. Jupiter
6. Saturn

L’édition actuelle reprend la trame de l'album original, les deux inédits étant positionnés en fin d’album :

1. Mars
2. Venus
3. Jupiter
4. Saturn
5. Leo
6. Jupiter Variation

« Je n'avais aucune idée de ce qui allait se passer. John m'a dit qu'on allait se retrouver en studio, et j'ai dit, cool. Je me suis rendu là-bas, je m'installais, et je n'ai pas vu Jimmy, ni Alice ; je n'ai vu personne d'autre. Je me demandais où était les autres et John m'a dit qu’"il n'y aura que toi et moi"... et j'ai dit "Oh !"

Alors tout était complètement spontané, à l'exception des quelques fois où je lui demandais quelques indications sur ce qui se passait, vous savez comme "est-ce que ça va être lent comme une ballade ?" ou "est-ce qu'il va y avoir une métrique, un 3/4 ou un 4/4 ? Est-ce que ça va être rapide ? Est-ce que ça va être lent ? Parce que vous savez, il allait simplement agiter ses grelots, prendre son biniou et commencer à jouer. (...)

Il existe sans doute d'autres prises enregistrées lors de cette séance car on a fait quelques trucs deux fois, mais John n'aimait pas trop faire ça. Mais il voyait que ça me mettait tellement à l'agonie qu'il le faisait pour moi; voilà le genre de mec qu'il était. (...)

Je découvrais le matériel, et c'était la première fois que je le jouais, et c'était souvent un truc de premières prises. Et ensuite, je ne l'ai pas entendu avant 25 ou 30 ans plus tard, lorsqu'ils l'ont publié.

Quand j'ai fait "Interstellar Space" avec Coltrane, cela a donné [aux duos saxophone/batterie] une certaine reconnaissance, mais si vous remontez en arrière et que vous écoutez certains de mes albums avant Trane - avec Archie Shepp, Marion Brown, Albert Ayler, Cal Massey, des gens très différents, vous m'entendrez jouer en duo avec Marion sur certains morceaux, en duo avec Alan Shorter sur certains morceaux, ou en duo avec Archie Shepp. En fait, Archie Shepp et moi avons fait des duos pendant 6 moins avant que je n'aille avec Coltrane.

En vérité, ce concept est venu du fait d'écouter Trane parce que j'ai d'abord entendu Trane en duo avec Philly Joe Jones dans les années 50, et je l'ai ensuite entendu avec Elvin Jones à chaque fois, en duo. Le groupe arrêtait de jouer, laissant juste le batteur et le saxophoniste. (...)

Ainsi, quand j'ai joué les duos avec Trane, j'étais vraiment prêt pour ça. Et depuis, je pense que j'ai enregistré plus de disques en duo que n'importe quel batteur ! »

— Rashied Ali, source : http://www.allaboutjazz.com/php/article.php?id=243 (traduction Ayler)


Bien que publié 7 ans après la mort de Coltrane, "Interstellar Space" est devenu au fil des ans la référence absolue en terme de duo saxophone/batterie. C'est aussi l'un des albums les plus importants du free jazz, et plus largement de l'improvisation telle qu'elle pouvait être pratiquée au XXème siècle.

Enregistré 10 ans après ses premières sessions en tant que leader, "Interstellar Space" nous permet de mesurer le chemin parcouru par Coltrane, dont c'est l'une des dernières sessions. Si l'année 1965 est formidablement documentée, le Coltrane de la fin l'est nettement moins. "Interstellar Space" est le second volume de la trilogie ouverte par "Expression" (peu après la mort de Coltrane), et clôturée par "Stellar Regions" en 1995. Des trois albums, "Interstellar Space" est sans doute le plus important, le plus lisible tout en étant le plus austère. De part son format, il permet d'apprécier chaque nuance du jeu de John, qui est quantitativement très présent, et lisible - mais le fait que la contrebasse, et plus encore le piano soient absents donne aux longues plages une certaine aridité absente des autres sessions : sans contexte harmonique, le lyrisme de John ne prend pas la même ampleur. Ce n'est d'ailleurs pas de ce coté-ci qu'il cherche. "Interstellar Space" est en effet un album d'une violence tellurique, presque insupportable pour certains auditeurs. La radicalité de la seconde partie d'"Offering" devient ici la norme.

Ainsi que Rashied Ali le souligne à juste titre, ce n'est pas la première fois que Coltrane jouait en duo avec un batteur. Outre certains passages en concert, John a notamment enregistré "Vigil" avec Elvin Jones en 1965 (sur l'album "Kulu Sé Mama"). Mais la nature radicalement différente du jeu de Rashied Ali change considérablement la donne : contrairement à Elvin Jones, Rashied Ali ne marque pas le temps. Dès lors, son jeu est plus poétique que chantant, et il ouvre à John toutes les portes du possible : le temps n'est désormais ni un allié, ni une contrainte.
Musicalement, Coltrane réussit l'impossible sans pour autant proposer une musique désincarnée. Ainsi que Lewis Porter le démontre avec brio dans son livre, Coltrane franchit l'ultime contrainte harmonique qu'il connaissait, jouant des phrases atonales, et transcende même les contraintes techniques de son instrument en jouant des passages que l'on pourrait presque qualifier de polyphoniques : il lui arrive de jouer l'équivalent d'une ligne de basse tout en gardant une ligne mélodique dans les suraigus.
Ces détails techniques, aussi importants soient-ils, ne doivent pas faire prendre de vue l'essentiel : l'intensité émotionnelle qui se dégage des improvisations de nos deux hommes est unique.

"Interstellar Space" est-il l'album d'un homme qui se sait condamné, qui se jette à corps perdu dans un dernier combat ? Aucun élément biographique ne permet de l'affirmer avec certitude. Au regard de la musique ici produite, le raccourci est certes tentant... Ravi Shankar confia à propos du dernier concert de Coltrane auquel il assista qu’un sentiment de malaise l'a submergé à l'écoute d'une musique aussi torturée. Mais peut-être importe-t-il aussi de resituer cet enregistrement dans son contexte socioculturel : l’esthétique du cri était alors partagée par de nombreux artistes Noirs américains, dont le quotidien était fort différent de la sérénité ancestrale de la musique classique indienne.


Dernière édition par Ayler le 31.07.08 15:19, édité 1 fois

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Re: Interstellar Space (1974)

Message par Ayler le 17.07.08 21:07

Ellery Eskelin et plus encore François Corneloup voient en "Interstellar Space" est une sorte de prolongement de "Giant Steps" et "Countdown" :
"Il y a entre "Giant Steps" et "Interstellar Space" une sorte de synthèse existentielle. Dans "Giant Steps" il pose le sujet, et dans "Interstellar Space" il donne un point de vue extrêmement personnel."

François Corneloup compare ensuite "Mars" avec le morceau "Giant Steps" :
"Outre des similitudes troublantes entre les deux exécutions (compacité de la forme, densité du jeu, ressemblance des phrasés jusqu'à des citations furtives de l'un dans l'autre), j'entends alors "Mars" comme une relecture de "Giant Steps" distordue par l'expérience, altérée peut-être par la violence d'un contexte sociologique, mûrie par un parcours artistique personnel d'une exceptionnelle intensité. (...)
Difficile de concevoir que Coltrane ait pu articuler dans "Mars" ce phrasé si complexe et sophistiqué, malgré ses brisures, sans l'élaboration, 8 années en arrière, du chorus de "Giant Steps". Dans "Giant Steps", en revanche, j'entends au-delà de la rigueur formelle déjà se jouer l'avidité troublante de l'inconnu, l'urgence du devenir, l'intuition latente d'une musique du futur, celle d'"Interstellar Space". (...)
"

Source : le recueil de témoignages de Frank Médioni publié par Actes Sud, John Coltrane : 80 musiciens de jazz témoignent.

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Re: Interstellar Space (1974)

Message par Ayler le 20.07.08 13:48

Un article sur la descendance de l'album de Coltrane :
http://www.allaboutjazz.com/php/article.php?id=29799

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Re: Interstellar Space (1974)

Message par telegraphroad le 03.12.10 21:08

Le fait que chaque titre du disque "illustre" une planète du système solaire rappel fortement le concept de l'œuvre pour grand orchestre Les planète de Edgar Holst (mais la musique n'a évidemment rien à voir).

telegraphroad

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Re: Interstellar Space (1974)

Message par Ayler le 27.02.17 21:46


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