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Champion Jack Dupree

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Message par Bloomers 29.08.08 15:36

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Ville marquée par le piano, la Nouvelle Orléans a connu des virtuoses bien avant que Fats Domino et Allen Toussaint ne devienne des stars.
En leur temps, ils ont fait leurs classes auprès de professors disparus trop tôt pour avoir laissé des témoignages enregistrés de leur savoir faire.
Fort Heureusement, Champion Jack Dupree a gardé des souvenirs suffisamment clairs de sa jeunesse pour que toute trace ne soit pas perdue de ces pionniers ; en particulier son maître à penser, le mystérieux Drive ‘Em-Down

« Je ne lui connaissais pas d’autre nom, raconte Dupree. C’est lui qui m’a appris à jouer du piano et qui m’a fait connaître les barrelhouses de le ville. J’étais trop jeune en principe pour y être admis, mais comme je l’accompagnais, ça ne posait pas de problèmes. Il jouait du piano et moi, je restais debout à côté de lui pour chanter. Drive ‘Em-Down, c’était un peu mon père. »

Jack est orphelin de père et de mère. Petit dernier d’une famille de cinq enfants, il a vu le jour à la Nouvelle Orléans le 23 juillet 1909, mais il déclarait généralement être né le 4 juillet 1910 : une date facile à retenir puisque c’est le jour de la fête nationale américaine.
William Thomas Jack Dupree n’a, en tous les cas, que quelques mois lorsque ses parents périssent dans l’incendie de l’épicerie familiale. Les aînés étant trop jeunes pour s’occuper de lui, il est placé dans l’orphelinat qui avait accueilli peu auparavant le jeune Louis Armstrong.
Jusqu'à l’âge de 14 ans, Dupree grandit là, privé de toute affection familiale, comme il l’a souvent raconté par la suite. L’une de ses sœurs lui propose alors de venir habiter chez elle, mais les relations avec son mari sont tellement tendues que l’adolescent préfère mettre un terme à cette expérience.

La période qui suit est particulièrement rude pour Dupree qui devient chanteur de rue. Sur le trottoir du Vieux Carré, il va faire la connaissance d’un gamin de son âge nommé Richard Gardner. Son père travaille pour une compagnie ferroviaire tandis que sa mère élève ses sept enfants. Lorsque les Gardner se rendent compte que l’ami de leur fils est abandonné, ils se proposent de le prendre chez eux.
Jack n’entend pas être une charge inutile pour sa nouvelle famille, et il rapporte chaque soir les pourboires glanés dans les cafés de Franklin et de Rampart Street. Dans l’un de ces bars, il va faire la connaissance de son mentor, Drive ‘Em-Down. Ce pianiste puissanr parvient à se faire entendre dans le tumulte ambiant de barrelhouses locaux, comme Del Peas, le Cotton Club et le bar tenu par Sam The Wine Man, ou bien encore Tony’s Place, le rendez vous favoris des dockers et des cheminots.

Outre ses activités de chanteur et bientôt de pianiste, Dupree fréquente un club de boxe de Rampart Street, la Green Boxing School. Les rencontres auxquelles il participe sont les bienvenues : « Je ne gagnais que 40 dollars pour six rounds, et 90 si je tenais dix rounds, mais ça me suffisait pour me nourrir et m’habiller. »
A la fin des années 20, Dupree n’hésite pas à quitter la Nouvelle-Orléans pour tenter sa chance ailleurs. Sautant d’un train à l’autre, il découvre les principales cités du Nord. A Chicago, il fait la connaissance de Pinetop Smith, spécialiste du boogie-woogie, et de Blind John Davis qui parfait son éducation. A Indianapolis, autre capitale du blues, Dupree rencontrera le célèbre duo formé par le pianiste Leroy Carr et le guitariste Scrapper Blackwell.

Car c’est à Naptown que la carrière musicale de Dupree va pleinement s’épanouir, quelques années plus tard.
Lors de ses premiers voyages, il a traversé les années de crise à la Nouvelle Orléans, alternant des engagements comme pianiste avec des combats qui l’ont mené à travers le sud. Il commence cependant à se lasser d’un sport qui lui rapporte plus de coups que de dollars, et il décide de raccrocher les gants en 1940.

Il choisit alors d’aller pratiquer le blues à New York d’où son ami le pianiste Cousin Joe Pleasant revient avec de l’argent plein les poches. Fidèle à ses habitudes, Jack voyage clandestinement à bord d’un train de marchandise. Alors que le convoi traverse Indianapolis, Dupree est repéré par un agent de la compagnie ferroviaire. Contraint de sauter en marche, il trouve refuge dans les tavernes et les clubs de Naptown qu’il connaît bien.
La scène de la ville à bien changer depuis que Leroy Carr est mort, en 1935, et que Scrapper Blackwell, anéanti par la disparition de son compagnon, a renoncé à la musique.
Mais le guitariste et chanteur Little Bill Gaither a pris le relais. Sur ses conseils, Jack Dupree tente sa chance, obtenant rapidement un engagement au Cotton Club.
En quelques semaines, Jack Dupree s’impose comme l’un des artistes les plus en vue, prenant la tête d’une véritable revue placées sous la direction de Ruth Dupree, son épouse. La réputation de Jack dépasse bientôt Indianapolis.

« le producteur Lester Melrose est venu tout exprès de Chicago pour m’écouter, raconte t’il, il m’a proposé d’enregistrer pour lui, et c’est comme ça que j’ai fait mes premiers disques. »

D’emblée, il s’impose auprès du public comme un parolier plein de verve et d’humour, et la firme Okeh lui demande de revenir en studio quelques mois plus tard. C’est au cours d’une séance en janvier 1941 que sera enregistré « Junker’s Blues », qui inspirera plus tard le « Fat Man » de Fats Domino. Malheureusement l’entré en guerre des Etats-Unis met un terme temporaire à la carrière de Dupree. Il rejoint les rangs de l’US Navy où il occupe les fonctions de cuisinier. Jack n’entend pas renoncer pour autant à la musique et il met à profit ses permissions pour des contacts avec le monde du disqu à New York où sa femme s’est installée.

Démobilisé en 1945, il s’installe à New York, où Ruth vient de mourir. Le Jazz y est alors roi, mais il existe une petite scène du blues qu’animent activement Sonny Terry, Brownie McGhee et son frère Stick, Josh White et le pianiste Big Chief Ellis. Dupree y tient rapidement un rôle de premier plan et il sera sollicité par une myriade de petites maisons de disques, comme Apex, Harlem, Gotham, Apollo ou encore Lennox et Continental.
Pour éviter tout problème de contrat avec ses différents commanditaires, il choisit des pseudonymes comme Blind Boy Johnson, Lightning Junior, Duke Bayou ou Brother Blues.

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En 1953, Dupree est enfin remarqué par une compagnie plus importante, la firme King Records de Cincinnati. Cette fois, le succès commercial est au rendez-vous, et « Walking Blues » devient un best-seller en 1955. La crème des musiciens de studio new-yorkais, de Mickey Baker à Larry Dale, sont présents sur la trentaine de faces que Dupree grave pour King : on retiendra plus particulièrement « Ain’t No Meat On The Bone », « Let The Doorbell Ring », « Rub A Little Boogie » ou le désopilant « Tongue Tied Blues » qui se moque gentiment des bègues.

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La réussite amène le pianiste à rejoindre en 1958 le label Atlantic pour lequel il grave son meilleur album « Blues From The Gutter », qui lui vaut dès l’année suivante d’être invité à se produire en Grande-Bretagne.

L’un des premiers bluesmen à se produire en Europe, Dupree fut aussi le premier à s’y fixer définitivement, résidant successivement en Suisse, en Suède et en Allemagne. Comme le fait remarquer Gerard Herzhat dans son Encyclopédie du blues, « les longs séjours en Europe sont sont peu profitables artistiquement aux bluesmen qui, coupés de leurs racines, finissent par se répéter à l’infini. Sur le Vieux Continent, Dupree a accumulé les albums dont aucun n’atteint le niveau de ses performances américaines. »

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Parmi les dizaines de 33 tours gravés par Dupree au cours des trente années de son exil volontaire, on mentionnera toutefois les enregistrements pour Blue Horizons et son passage à Montreux en 1971, qui le présente en compagnie du Saxophoniste King Curtis.



LIVE AT MONTREUX

A défaut de poursuivre une carrière de créateur, Dupree finira par trouver en Europe la sérénité. Remarié à une anglaise, il a longtemps vécu dans le nord de l’Angleterre, se découvrant sur le tard une passion pour la peinture.

Entre les concerts qu’il continue de donner au tout début des années 90, les expositions de ses œuvres et le restaurant qu’il a ouvert à Hanovre pour y recréer les saveurs culinaires de la Nouvelle-Orléans, la fin de sa vie sera celle d’un sage. Avec sa mort, le 21 janvier 1992, c’est près d’un siècle de l’histoire du blues qui disparaît

DISCOGRAPHIE SELECTIVE :
Walking The Blues : The Very Best Of C.J.D. 1953-55 (collectables)
C.J.D. Of New Orleans 1961-63 (Storyville)
From New Orleans To Chicago 1966 (Decca/BOG) avec Eric Clapton sur quelques titres
C.J.D. & His Blues Band Feat. Mickey Baker (Decca/BOG)
The Complete Blue Horizon Recordings 1969 (Sony Music) avec Paul Kossof et Mick Taylor
Blues In Montreux 1973 (Atlantic)

SOURCE : JAZZ & BLUES Collection

discographie illustrée
http://www.wirz.de/music/duprefrm.htm
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Message par yza 01.09.09 14:18

Je viens d'acheter pour pas cher le coffret JSP de Jack Dupree qui comprend toute la première partie disponible de ses enregistrements incluant les faces King:

"Jack Champion Dupree, 104 cuts", JSP 77120.

Jack Dupree était franc maçon, une photo de lui avec son tablier fut publiée dans un ancien Soul Bag.

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