Blue Note (1947 - 1952)

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Blue Note (1947 - 1952)

Message par Wu wei le 10.06.12 2:16



1947 - 1952

du fait de la richesse de cette période (sa première en tant que Leader) mais surtout des différentes rééditions, les albums de la période Blue Note sont traités d'une seule traite par un balayage rapide et loin d'être exhaustif de la période.
pour plus de renseignement sur les dates des sessions et le personnel présent je vous propose de vous rendre à la page wikipédia qui en traite avec précision : ici


1947 Monk a 30 ans, il vient de se marier ; il est en peine de contrat mais heureusement il tombe sur un Lion. Alfred Lion l’un des fondateurs du label Blue Note l’a repéré et décide de miser sur lui.
C’est un véritable évènement pour le pianiste car c’est la première fois  qu’il va pouvoir enregistrer sous son nom, en tant que leader.  Une opportunité que Monk attend depuis plusieurs années déjà, et pendant tout ce temps, en plus de ses sessions de sideman et ses concerts, il a composé de nombreux titres. Thelonious va profiter de l’occasion pour mettre en place le système qui l’accompagnera le restant de sa vie.
S’il dit ne pas aimait faire grande chose et qu’il est plutôt du genre casanier, il reste dévoué corps et âme à la musique  et compose énormément. Les musiciens se retrouvent dans sa cuisine pour des réunions informelles (et non de réelles répétitions), puis en studio les partitions sont distribuées et le morceau enregistré, là encore avec très peu de prises, s’il n’est pas satisfait le morceau est abandonné (ou remis à plus tard). Tout doit se faire très vite, sans que cela soit dans l’urgence  mais pour capter la spontanéité du moment.  
La période Blue note est connue pour être fondatrice de ce qu’est Monk : un artiste zigzaguant qui sait où il va… un paradoxe sur patte… une armoire à glace pétri e de gentillesse et de timidité. Ainsi si les premières sessions s’enchaînent rapidement (2 en octobre 47 et en une en novembre 48 ), drainant leur lots de compositions aussi novatrices qu’entêtantes (Humph, Thelonious), montrant la joie de Monk et la confiance du label, les ventes ne suivent absolument pas. Peut être le public n’est il pas prêt pour l’artiste ou est-ce la promotion de blue note ne fut-elle pas de bon aloi (un jeu de mot entre « monk » et « high priest » du bop…).





Pourtant Monk montre ici toute l’étendue de son talent : un stride maîtrisé, un sens de l’harmonie hors pair, des voicing fantomatique, des solos à la limite du casse gueule… une manière de subsumer ses influences, de les faire disparaître, de les englober dans son style, dans l’univers qu’il est train de construire.  Il rend également un hommage plus  direct et vibrant à son comparse Bud Powell avec un « In walked Bud » de toute beauté (qu’il reprendra sur Underground des années plus tard).  C’est par ces enregistrements, ses prises de risques en si peu de temps (des faces de 78tours à l’époque), ses compositions hautes en couleurs (mêlant déjà complexité et mélodie pouvant se siffloter) que Monk va imposer sa présence, sa prestance, son génie sur ces enregistrements.

Si les trois premières sessions se déroulent sous l’égide d’un feu sacré, l’emballement des débuts se mêlant à l’espoir, c’est l’adjonction de Milt Jackson et du chanteur Kenny Hagood qui sera privilégier pour pimenter la suite des festivités. Un moyen pour Monk (qui a « demandé » milt) d’être en présence d’une figure connue pouvant s’imbriquer dans son jeu et pour le producteur de tenter l’aventure en variant un peu l’angle d’attaque, histoire sans doute que son nouveau poulain commence à le faire rentrer dans ses frais et pourquoi pas lui rapporte de l’argent.
En 1948 se sera donc le temps de deux chansons « conventionnelles » issue d’un répertoire à la limite du sirupeux que la seule présence de Monk fait se tenir sur une balançoire sise en borde de falaise. Se sera aussi le temps de Mystérioso, une des compositions dont le pianiste à le secret, de celles qui possèdent une tension interne incroyable, passant du sautillement alerte au drame le plus exotique, c’est le genre de morceau qui vous fait perdre vos repères.  C’est également vers cette période que de plus en plus de critique commence à remarquer Monk, soit il est dénigré avec force, soit son jeu de pianiste est reconnu pour ce qu’il est : franchement original, ne pouvant appartenir qu’à lui. Il faut dire qu’avec son sens de la syncope, sa maîtrise de l’impromptu, il ne peut que déchaîner les passions les plus vives.



Il faut bien  reconnaître qu’à l’époque, quoique père, Monk reste un artiste sans le sou, courant les cachetons, dont le ménage est gérer par sa femme (Nellie) dont le sens des affaires est un grand mérite, qu’il est soutenu par les amis et par la profession… et qu’en plus à cause d’une sombre histoire de drogue il va se voir retirer son permis de jouer dans les clubs pendant plusieurs années… les sessions sont superbes, elles rendent compte de son style, mais ce style n’est pas virtuose. Du moins il n’est pas du genre « virtuosité accessible », avec trille rapide, technicité hors paire et rapidité d’exécution qui saute aux oreilles de l’auditeur, Monk possède le charme raffiné des plus belles femmes du monde : il se fait désirer. Si on ajoute à cela qu’il n’apprécie ni les interviews, ni faire des concessions… on se retrouve avec un véritable casse tête et pour sa survie et pour le producteur.  

Les choses vont mal et c’est pourquoi les sessions de 1951 sont l’occasion pour Monk de s’entourer de musiciens qu’il sait aptes à jouer sa musique, sans fioritures, pour aller à l’essentiel (Sahib Shihab, Milt Jackson, Al McKibbon et Art Blakey) tandis que le producteur tenace mise tout sur cette rencontre, surtout qu’elle a lieu autour de nouvelles compositions (et pas des moindres : criss-cross ou straight no chaser, qui deviendront autant de classiques, comme le fut ‘round midnight enregistrée un peu plus tôt, toujours pour Blue Note).  En prime l’abandon du 78tours au profit du 33 se démocratise, les plages s’allongent, la structure des morceaux évolue, la liberté du créateur est mieux mise en avant. Si cela n’est pas encore vraiment palpable à cette date, il n’en reste pas moins qu’un vent nouveau semble souffler sur cette session.



C’est en 1952 avec (notamment Kenny Dorham et Lou Donalson) que va se terminer l’aventure de Monk dans ce label, une dernière session en guise d’adieu, pour percevoir à quel point non pas la technique ou son approche de la musique ont évolué mais bien sa persévérance, son intégrité et sa passion à délivrer le plus exactement possible des compositions atypiques.  La période Blue Note fut la période du pied à l’étrier, la période d’une confiance quasi aveugle d’un label envers un artiste qui, il faut bien le dire, était loin d’attirer les foules. Si aujourd’hui on conçoit ces 5 années à la fois comme le floraison de l’artiste et comme son « retrait » de la scène pour une longue période, ce qui nous laisse le temps de nous concentrer sur une production d’une densité et d’une fraîcheur bienvenue, il ne faut pas en négliger le faible impact médiatique.
Période révolutionnaire pour l’artiste les pistes enregistrées sont une véritable porte d’entrée dans l’univers de Monk : des morceaux courts, des formations diverses et variées, des mélodies aisément reconnaissable, des décalages et improvisations déjà dans l’esprit Monkien.
Cinq années indispensables.

d'autres pochettes pour les "genius of modern music volume 1&2"


Dernière édition par Wu wei le 21.10.13 10:28, édité 1 fois

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Re: Blue Note (1947 - 1952)

Message par Sony'r le 15.04.13 13:02

Tout le "génie" de Monk est concentré dans ces faces, pour une fois le mot de génie n'est pas usurpé, il y a de la folie créative chez Monk, tout le piano à venir est là, dans ces "fausses notes" sublimes et irremplaçables. Incontournable !
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