Art Blakey & The Jazz Messengers

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Art Blakey & The Jazz Messengers

Message par Norbert le 12.01.12 18:00




Art Blakey and The Jazz Messengers

"On ne peut pas vivre uniquement dans le passé : il faut aller écouter les plus jeunes et se mettre à leur hauteur. Apres tout, nous avons plus d’expérience que les jeunes, pas vrai ? "déclare Art Blakey .S’il fallait résumer d’un mot l’épopée des Jazz Messengers,ce serait celui de jeunesse qui viendrait à l’esprit. Jeunesse d’une musique, toujours datée mais jamais démodée, jeunesse des musiciens, toujours renouvellés,chaque départ entrainant l’apparition d’une nouvelle génération. Quintet parmi tant d’autres à l’origine, la formation animée par Art Blakey s’est forgé une marque de fabrique indélébile dépassant le monument historique du bop dur des années 50 pour devenir emblématique. Autour des tambours de Blakey,des générations de musiciens ont forgé leur talent dans le creuset du hard bop le plus incandescent. La saga des Messengers retrace à elle seule un pan entier de l’histoire du jazz.



Le passage chez Art Blakey à servi de référence dans le curriculum vitae de nombreux musiciens et non des moindres :Kenny Dorham,Hank Mobley,Lee Morgan,Curtis Fuller,Wayne Shorter les frères Marsalis et tant d’autres.

Né le 11 octobre 1919 à Pittsburgh, tout d’abord pianiste, Art Blakey s’est toujours plu à entretenir la légende à propos de sa biographie, prétendant être devenu batteur sous la contrainte : "Je suis devenu batteur le jour où un gangster m’a ordonné, en me braquant un calibre sous le nez : "Tu veux travailler ici, petit, alors mets toi à la batterie et ne discute pas ! "On raconte aussi qu’il aurait laissé la mine et l’aciérie pour entrer en musique. Quoiqu’il en soit on retrouve le jeune Art dès 1939 au côté de Fletcher Henderson et l’année suivante en compagnie de la pianiste Mary Lou Williams. Dés le début des années 40,Art fréquente les clubs de la 52e Rue, se frotte aux boppers et se lie d’amitié avec Thélonious Monk pour qui il restera toujours le batteur de prédilection.



Entre 44 et 47,Art travaille dans le big band de Billy Eckstine où il rencontre Dizzy Gillepsie auprès de qui il va trouver son style :avant tout une assise rythmique inébranlable qui porte les solistes vers des hauteurs que certains rêvaient d’atteindre, ensuite un penchant pour les roulements fracassants et les appels de caisse claire ,prétextes à relancer la vigueur des chorus, une inclination pour les silences soudains afin de rallier les troupes et de mieux repartir à l’assaut dans un croisement de figures rythmiques fortement inspirées des percussions africaines et enfin une écoute attentive qui permet de souder les éléments du groupe.



En 1947,Art Blakey quitte la scène musicale pour aller passer 2 années en Afrique : "Lorsque j’ai quitté les Etats-Unis, le jazz moderne battait passablement de l’aile et la situation des musiciens n’était pas très brillante, nous avions beaucoup de difficultés à trouver du travail(…)Avant d’aller en Afrique, j’ai d’abord séjourné quelque temps au Pakistan, à Karachi plus précisément, puis je suis allé au Nigéria et au Ghana à Accra "C’est au retour de ce voyage en 1949,que Blakey se convertira à l’Islam et prendra le nom de Abdullah Ibn Buhaina. Ce rapport à la culture africaine et à la religion musulmane est essentiel dans le parcours musical et personnel de Blakey qui toute sa vie durant sera un ardant défenseur des droits de la communauté afro-américaine.



Apres un passage chez Lucky Millinder en 49 et chez Buddy DeFranco entre 51 et 53, Blakey crée sa propre formation avec la complicité du pianiste Horace Silver,entouré de Kenny Dorham à la trompette,Hank Mobley au ténor et Doug Watkins à la basse..Associé à Art Blakey le nom de Jazz Messengers avait déjà désigné des formations éphemères,mais c’est sous cette dénomination qu’est enregistré fin 54 pour Blue Note un disque véritablement historique contenant des pièces immortelles que sont Creepin’In,The Preacher ou Doodlin’.(Un concert du 21 février 54 au Birland avec Clifford Brown et Lou Donaldson à été publié sous la dénomination Art Blakey Quintet, formation antérieure aux Jazz Messengers)C’est là le début d’une très longue et très fructueuse collaboration entre le batteur et le légendaire label. L’amalgame de ces musiciens s’effectue grâce au catalyseur Blakey,avec au bout tout simplement l’invention du hard-bop !



En 1956,Kenny Dorham est remplacé par Donald Byrd et si la trompette reste l’élément qui entraine, le rôle d’Horace Silver se renforce dans le climat d’ensemble. Si le batteur,omnipresent,pousse les solistes à donner le meilleur d’eux-mêmes s’ amorce alors une tendance qui s’épanouira par la suite :déléguer des responsabilités à un membre du groupe dans le domaine de la composition et de l’arrangement. Tout d’abord dévolu à Hank Mobley,en 58 ce sera au tour de Benny Golson(compositeur du célèbre Blues March) de s’acquitter de cette tâche avec brio, la tournée en Europe et nottamment en France à l’automne s’avérant triomphale !



En 1959, l’arrivée de Wayne Shorter, 26 ans, qui succède à Golson apporte une dimension supplémentaire aux Messengers.Cette fois la formation dispose d’un véritable compositeur qui s’intègre immédiatement au groupe(Parmi les plus représentatives des compositions de Shorter pour les Messengers citons :Africaine, Lester Left Town, ,The Chess Player,Diana…). Par petites touches, la formation se modifie, intégrant le passé des partants : en juin 61 pour un enregistrement pour Impulse !, le quintet devient sextet avec l’ajout du tromboniste Curtis Fuller, le département arrangement dévolu à Shorter s’en trouve renforcé sans que le dispositif global soit modifié. Avec le retour chez Blue Note,sont au rendez-vous les meilleures réalisations discographiques des Messengers "Mosaic ", "Buhaina’s Delight ", "Free For All ".



Ce début des années 60 marque l’arrivée d’une nouvelle génération dans le jazz, sensible aux ouvertures modales et aux audaces harmoniques, sans pour autant basculer dans l’esthétique free. Les membres du Sextet sont en prise directe sur ce courant que l’on nommera école Blue Note, l’objectif de Blakey étant constant : se mettre au service d’un collectif en mouvement en imprimant sa personnalité. Bien qu’à priori moins homogène que le quintet de 1958,le sextet de 1963-1964 reste à mon avis la formation la plus achevée des Messsengers,celle qui unifie le mieux les personnalités dans l’effort commun, qui révèle le mieux les solistes(Freddie Hubbard,Wayne Shorter,Cedar Walton).Les Messengers époque Shorter-Hubbard sont une formation majeure sans abandonner son rôle de découvreur de talent. Tout ne repose pas sur les épaules du saxophoniste mais sa contribution est de taille et son départ pour le quintet de Miles Davis en 1963, laissera des traces …



De nouvelles têtes apparaitront ensuite plus ou moins brièvement :Charles Tolliver et Gary Bartz en 65,Julian Priester et Bill Harper en 68,mais sans jamais retrouvé le bel équilibre de 1963.Blakey engage même un certain Keith Jarrett qui se montre particulièrement à son avantage dans " Buttercorn Lady "enregistré au Lighthouse en janvier 1966.



Commence alors une longue période d’incertitude dans les années 70 où Art Blakey n’occupe plus le devant de la scène et semble écartelé entre deux directions : gérer son patrimoine en usant de méthodes éprouvées ou être à l’écoute de son temps. Dans le 1er cas, on retrouve les "Moanin,Along Came Betty "et autre "Blues March "reconstitués au cours d’enregistrements au Japon en 70,dans le 2e se regroupent les disques réalisés pour Prestige avec pour figure de proue Woody Shaw à la trompette.
En 76 enfin,Blakey revient à ses fondamentaux et reprend ses habitudes de recruteur de jeunes talents, comme le trompettiste russe Valeri Ponomarev ou l’altiste Bobby Watson, à qui seront confié la responsabilité de directeur musical.Wynton Marsalis ,embauché à 19 ans sera la figure de proue du renouveau des Messengers des années 80,surfant sur la vague de bop revival et il ne sera pas le seul. Citons chez les trompettistes :Terence Blanchard,Wallace Roney,chez les saxophonistes :Kenny Garrett, Avon Jackson, Donald Harrison, chez les pianistes :James Williams,Mulgrew Miller….



Art Blakey cultive le terreau de sa pépinière et chaque jeune pousse prendra racine pour essaimer à son tour…Du début des années 50 jusqu’à sa mort en 1990,Blakey à consacré la plus grande partie de sa vie à son œuvre messagère, produisant une foule d’albums parmi lesquels ceux enregistrés en public restituent le mieux la foudre divine et créatrice des tambours : »Pour moi, la scène est une terre sainte. On y monte pour jouer. Si un musicien se lève de son lit de mort, c’est pour jouer ».Nul doute que ce jour du 16 octobre 1990 où Art à quitter ce monde et s’est élevé au-dessus des nuages, il s’est organisé là-haut une jam session mémorable !

Sources : Jazz Hot 458, décembre 1988 ; Jazzman 39, septembre 1998 ; Jazz Magazine 95, juin 1963 ; L’Odyssée du Jazz, Noël Balen, Edition Liana Levi 2003.Dictionnaire du Jazz, Bouquins, 2011.
La discographie d'Art BLAKEY
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Norbert

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Art Blakey & The Jazz Messengers

Message par Norbert le 12.01.12 18:07


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Art Blakey & The Jazz Messengers Moanin'

Message par Norbert le 12.01.12 18:12


Live In Belgium 1958
Art Blakey Drums - Lee Morgan Trumpet - Benny Golson Sax Tenor - Bobby Timmons Piano - Jymie Merritt Bass
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Art Blakey Drum Solo 1965

Message par Norbert le 12.01.12 18:13

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Re: Art Blakey & The Jazz Messengers

Message par Blueleader le 12.01.12 18:51

belle chronique, merci Very Happy
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Re: Art Blakey & The Jazz Messengers

Message par Ornette le 13.01.12 0:24

Merci pour cette belle présentation !
Freebird67 a écrit:chez les saxophonistes :Kenny Garrett, Avon Jackson, Donald Harrison
Je suppose qu'il s'agit de Javon Jackson, non ?

Connais-tu des enregistrements avec l'excellent Billy Harper ? J'aimerai bien écouter ça, même si tu ne parais guère convaincu.

Pour ma part j'apprécie tout particulièrement son oeuvre avec Clifford Brown et l'album Moanin'
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Re: Art Blakey & The Jazz Messengers

Message par parisino le 13.01.12 1:15

Merci pour cette belle chronique, très beau travail.

Je ne connais que "Moanin" (cité par Ornette) et "'S Make It". En tout cas tu m'as vraiment donné envie d'écouter et c'est sur que c'est un des grands batteurs de Jazz.

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Re: Art Blakey & The Jazz Messengers

Message par Norbert le 13.01.12 10:21

Bien vu Ornette!Il s'agit bien sûr de Javon Jackson,petite faute de frappe... Embarassed



Billy Harper quand à lui à fait un court passage chez Blakey,de août à novembre 68;on peut l'écouter sur ce disque:



et sur celui-ci



Art Blakey And The Jazz Messengers - Live! (Trip TLX 5034)
Bill Hardman (tp) Julian Priester (tb) Billy Harper (ts) Ronnie Matthews (p) Lawrence Evans (b) Art Blakey (d)
"Slug's Saloon", NYC, August, 1968
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Re: Art Blakey & The Jazz Messengers

Message par Ornette le 13.01.12 11:59

Merci !
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Re: Art Blakey & The Jazz Messengers

Message par Wu wei le 13.01.12 21:44

superbe post !

une redécouverte pour moi (je ne connaissais pas toutes les périodes loin de là ) !!!

Merci

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Re: Art Blakey & The Jazz Messengers

Message par Ornette le 14.01.12 11:55

J'ai oublié de mention l'excellent Caravan, un disque incontournable.
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Re: Art Blakey & The Jazz Messengers

Message par Karpof le 21.01.12 14:46

thks pour la chronique et les infos - j'adore ce batteur ! une énergie communicative et un feeling incomparable.

rien sur le Live à l'Olympia de 1958 ? tongue

l'album "Moanin' " est une petite merveille, ainsi que la série des "club St germain" - je connais très mal la suite de sa carrière, mais j'ai deja quelques pistes par où m'orienter !
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Re: Art Blakey & The Jazz Messengers

Message par parisino le 28.01.12 17:27



All compositions by Art Blakey - 1957

Volume One

"Buhaina Chant" – 10:30
"Ya Ya" – 7:06
"Toffi" – 12:20
"Split Skins" – 8:58

Volume Two

"Amuck" – 6:49
"Elephant Walk" – 6:56
"Come Out and Meet Me Tonight" – 5:43
"Abdallah's Delight" – 9:46


J'ai écouté cet album hier, les 2 volumes. C'est un album de percussions, un peu de piano, de flûte sur certain morceau. Cela peut être un peu indigeste d'écouter 2 volumes de morceau de batterie et percussion, en ce qui me concerne cela a été un grand plaisir il m'a fait m'évader du RER B mon esprit était ailleurs. L'album est bien fait, les morceaux assez differents en gardant le même état d'esprit enfin difficile d'expliquer cette musique. Je pense que pour l'époque ce devait être très risqué de sortir un tel album et là je dis bravo Mr Blakey vous êtes un grand batteur et un grand MUSICIEN.

A écouter !!

Parisino
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