Giant Steps (1960)

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Giant Steps (1960)

Message par Ayler le 15.04.08 21:44

Giant Steps (1960)



Face 1

1. Giant Steps
2. Cousin Mary
3. Countdown
4. Spiral

Face 2

1. Syeeda's Song Flute
2. Naima
3. Mr. P.C.


4 mai 1959 : "Countdown" & "Spiral".

John Coltrane — saxophone ténor
Tommy Flanagan — piano
Paul Chambers — contrebasse
Art Taylor — batterie

5 mai 1959 : "Giant Steps", "Cousin Mary", "Syeeda's Song Flute" & "Mr. P.C."

John Coltrane — saxophone ténor
Tommy Flanagan — piano
Paul Chambers — contrebasse
Art Taylor — batterie

2 décembre 1959 : "Naima".

John Coltrane — saxophone ténor
Wynton Kelly — piano
Paul Chambers — contrebasse
Jimmy Cobb — batterie

Chronologie de la période Atlantic.

Publié en janvier 1960, "Giant Steps" a été enregistré peu de temps après le "Kind Of Blue" de Miles Davis. En l'espace de quelques semaines, Coltrane allait ainsi marquer de son empreinte l'histoire du jazz à deux reprises, mais avec des albums radicalement opposés. Si "Kind Of Blue" ouvre les portent du jazz modal (et libère l'improvisateur de la grille d'accords), "Giant Step" tue le be bop en le portant à un degré de complexité tel que seul un virtuose comme Coltrane pouvait alors concevoir (et interpréter !) des titres comme "Giant Steps" ou "Countdown".
"Giant Steps" est le premier album de John publié en tant que leader pour Atlantic. Cela a son importance car Nesuhi Ertegun a donné à John des moyens qu'il n'avait pas lors de ses sessions pour Prestige : le groupe pouvait se permettre d'enregistrer plusieurs prises, ce qui s'avéra indispensable en raison de la complexité d'une partie du matériel.
"Giant Steps" était alors l'album le plus personnel de John. Non seulement il signait les sept compositions, mais leurs titres étaient assez personnels pour que la cousine de John, Mary, puisse parler d'"album de famille".
Enfin, si "Giant Steps" n'est pas l'album le plus accompli de John, il n'en demeure pas moins que la richesse de ses compositions fera école : peu d'albums comptent autant de titres devenus de véritables standards.


"Nous étions voisins, il habitait juste au coin de ma rue. Il est venu et m'a joué ça [une semaine ou deux auparavant]. Je n'avais besoin d'aucune partition. J'ai dit : "Très bien. Pas de soucis avec ça !" Je ne savais pas que j'aurais à jouer là-dessus et quel tempo il avait en tête ! Non pas que ce soit injouable, mais il fallait être davantage préparé que pour jouer le blues ou je ne sais quoi d'autre."
Voici ce que Tommy Flanagan raconte à propos de "Giant Steps".
Excellent pianiste, Tommy Flanagan n'a jamais caché qu'il aurait préféré que la session la plus célèbre de sa carrière ne soit pas celle de "Giant Steps". En effet, seul Coltrane avait alors véritablement sauté les pas de géant de ce qui allaient devenir ses fameux "Coltrane Changes", et il ne semble pas toujours évoluer dans la même galaxie que ses sidemen.
La pratique du "Thesaurus of Scales and Melodic Patterns" de Nicolas Slonimsky a inspiré Coltrane dans sa quête, proposant des grilles d'accords sur lesquelles improviser, surtout à ce tempo là, peut sembler impossible.
Les modulations sont telles qu'elles exigent un niveau de concentration exceptionnel doublé d'une technique irréprochable.
Voici la grille des 8 premières mesures pour donner une idée aux musiciens :
I Bmaj7 D7 I Gmaj7 Bb7 I Ebmaj7 I Am9 D7 I Gmaj7 Bb7 I Ebmaj7 F#7 I Bmaj7 I Fm9 Bb7 I
"Je crains parfois que ce que je fais sonne simplement comme des exercices académiques, et je m'efforce de d'obtenir quelque chose de toujours plus séduisant" Coltrane avoue-t-il dans les notes de pochettes de l'album.
Pour autant, et aussi incroyable que cela puisse paraitre, le morceau ne sombre ni dans l'étude, ni dans la virtuosité gratuite. C'est justement le débit hallucinant du discours qui rend la composition fascinante, parce que véritablement habitée... tant que c'est John qui est aux commandes.
En revanche, force est de constater que solo de Flanagan tombe vraiment à plat après la furie Coltranienne.

"Cousin Mary" revient à un style plus académique. Coltrane extrapole les 12 mesures du blues avec une grille d'accords originale, mais dont le feeling reste bluesy. La composition est dédiée à sa cousine, dont il fut très proche lors de ses premières années.

Sur "Countdown", Coltrane pousse plus loin encore ce qu'il a amorcé avec "Giant Steps". Dans un premier temps seul en duo avec Art Taylor (dont le jeu est sans doute trop figé), Tommy Flanagan ne rentre qu'en cours de morceau, se contentant de placer les accords alors que Paul Chambers ne se lance dans un walking qu'en fin de plage. L'accompagnement n'est sans doute pas à la hauteur de ce que propose Coltrane... mais ce dernier évoluait alors sur une autre planète.
Pour preuve, Flanagan précisera par la suite que Coltrane voulait au départ intégrer une dernière composition intitulée "Sweet Sioux", constituant la dernière partie d'une trilogie démoniaque. Trop complexe, l'enregistrement de celle-ci ne fut pas satisfaisante. Celui-ci disparaitra malheureusement par la suite dans un incendie, restant à jamais inédit.

"Spiral" est une composition originale brillante, dont les climats évoluent selon les passages. La structure présente une alternance entre une descente d'accords chromatique alors que la basse ne bouge pas avec un autre passage en walking plus classique. Ce titre rend justice à Tommy Flanagan dont l'improvisation est ici de premier plan. C'est aussi l'occasion du premier solo de basse de Paul Chambers.

La seconde face s'ouvre sur "Syeeda's Song Flute" (dont le titre renvoie à la belle-fille de John), une composition dont le balancement rythmique, presque sautillant, sert à merveille un thème presque enfantin. Coltrane se montre là encore brillant compositeur.
L'improvisation reprend un peu les choses où le titre précédent les avait laissé. Pourtant plus relâché que sur les première et troisième plages, le jeu de John n'en est pas moins dense, traversé d'une énergie de tous les instants.
Tommy Flanagan et Paul Chambers profitent du tempo moins rapide de la composition pour développer leur solo respectif.

De tous les thèmes écrits pour "Giant Steps", "Naima" est peut-être le plus émouvant de tous. Cette composition, qui porte le prénom de la première femme de John, est sans nul doute l'une de ses plus célèbres. Et l'une de ses plus belles. Il continuera de jouer ce thème même lorsque Alice intègrera le groupe ("Live At The Village Vanguard Again!"). Coltrane, qui retrouve sur ce titre ses collègues du groupe de Miles Davis, ne tombe jamais dans le sentimentalisme dans son interprétation.
Au fil des années, le titre deviendra un véritable standard.

L'album se termine avec "Mr. P.C.", un blues en mineur au tempo très rapide dédié à Paul Chambers, bassiste que Coltrane tenait en haute estime. Coltrane joue ici des phrases très rapides avec un son sans vibrato dans un style hard bop dont il ne cessera de s'éloigner dans les mois à venir.
Le groupe fonctionne ici à merveille : difficile de résister à l'envie de taper du pied... même s'il faut taper vite !
L'improvisation de Coltrane est un modèle du genre : il débute son solo sur les chapeaux de roue mais réussit néanmoins à ne jamais faire retomber l'intensité.
Le solo de Flanagan, dans un contexte harmonique normal, montre que ce dernier savait faire mouche sur un tempo élevé.
"Mr. P.C." fera bientôt l'objet de versions Live incendiaires... mais c'est une autre histoire.


Au final ? "Giant Steps" est un album unique dans l'histoire du jazz. D'une part parce que Coltrane ne poussera pas plus loin l'expérience, sentant sans doute que le genre trouverait rapidement ses limites. D'autre part parce que, malgré ses défauts, l'album n'en reste pas moins fascinant : Coltrane présente dès lors des qualités de compositeur et d'interprète hors du commun. Et ce n'est pourtant que le début !
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Re: Giant Steps (1960)

Message par Ayler le 31.07.08 13:22

Evan Parker a écrit:During that first period, up to ‘61, Coltrane’s approach to improvisation was mostly playing over predetermined chord sequences. So you could characterize that music as problem-solving. The improvisation was constrained by a particular series of note choices which would fit; some things would fit, some things wouldn’t fit. Coltrane was always looking for new elements in that language – how to play over harmonic sequences and how to add to what’s already there, a whole system of superimposing chord on chord. But again, it’s all basically problem solving, which reaches its highest point of development with the “Giant Steps” type of approach, where the complexity of the chord sequence is such that, if the chords are going to be marked clearly in the course of the improvisation then there’s very little freedom to move. If you compare the various takes of “Giant Steps” you’ll hear the same patterns recurring at the same points in each chorus and even recordings of the tune which are done more or less a year apart you’ll hear those same patterns. So although the precise nature of the solo is improvised, it’s based on a very well studied set of materials, and memorized. As far as I know there are no live versions of Coltrane playing “Giant Steps.” “Giant Steps” epitomizes the idea of etude and the idea of studio. These were etudes for the studio.
Source : http://www.pointofdeparture.org/PoD9/PoD9EvanParker.html

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Re: Giant Steps (1960)

Message par Ayler le 08.02.09 14:32

Two landmarks of American jazz
By Mike Hobart

Jazz in the mid-1950s was mildly bohemian, slightly louche and stranded midway between sophisticated entertainment and underground art. Anybody with an ear for a tune and a spring in their step could appreciate the virtuosity of performers such as Stan Getz and Oscar Peterson, as they span seamless variations on the American songbook.

Even the experimental wing had a breezy quality as it toyed with the fugues, rondos and 12-tone scales of classical music. Yet beneath the veneer of clean-cut optimism, the gateway to a period of intense innovation was being edged open. It would culminate a decade later in a fearsomely expressionist avant-garde with a clear affiliation to the civil rights movement.

Two albums now marking their 50th anniversary capture the mid-point of this journey, as well as being two of the most commercially and critically successful jazz albums ever released. The landmark Kind of Blue, recorded by trumpeter Miles Davis in 1959 in two sessions, on March 2 and April 22, is an era-defining document whose influence extends well beyond music, let alone jazz. The second, Giant Steps, by John Coltrane, one of the saxophonists on the Davis album, was recorded in May of the same year. It too reverberated through jazz, though its long-term impact was more specialist.

Kind of Blue is the modern jazz album that jazz-lovers reach for when a friend says they can’t stand jazz. The component parts could not be simpler; the rhythm section never wanders above a confident lope; the blend of two saxophones and trumpet is sumptuous; and the tension between the soulful and the strident is balanced so delicately that the large chunks of improvisation seem almost pre-composed. It is the biggest-selling jazz album ever, with an existential poise so perfect that each composition has become a mood-defining sound-track staple.

Yet the themes are mere sketches and the forms the most basic – two blues, a couple of ballads and a saunter round a basic key change. The arrangements were created almost on the nod, and the whole thing was done in two sessions. Yet this “day in the office” stripped down the complexities of modern jazz to their essentials and set a template for the modal jazz that was to follow.

Coltrane’s Giant Steps was also a seemingly run-of-the-mill session. It features the saxophonist leading a piano trio through an all-original programme. Again, two of the tracks are blues and there is an outstanding ballad. Even some of the personnel overlap. But here the similarities end.

Davis had new ideas for constructing a band sound, which he then got his musicians to develop and apply. “All Blues”, “Freddie Freeloader” and “So What” are beautifully arranged riffs. Coltrane came to the studio with fully formed compositions with clear lead-lines and harmonic structures.

“Syeeda’s Song Flute” and the ballad “Naima” are polished tunes, while the two blues “Mr P.C.” and “Cousin Mary” are equally catchy up-tempo riffs. The killer cut is the title track, “Giant Steps”, which supports its hum-along melody with a fast-moving, twisting-and-turning harmonic undercurrent. Its origins can be traced back through the more sophisticated songbook standards – the middle of “Have You Met Miss Jones?” is one example – to 19th-century classical music. Coltrane had been working on the idea for a couple of years, but on “Giant Steps” it all came together with a simple melody and chorus after chorus of fine-tempered variations.

Davis’s modes and the crab-like movements of Coltrane’s new sequence have become jazz standards, and are as essential to the jazz musician’s vocabulary as the blues or the changes of “I Got Rhythm”. They signalled the end of jazz’s reliance on the songbook tradition as compositional source material.

Such milestones aren’t reached in a vacuum. A network of small clubs and record labels meant modern jazz was economically viable, at least at a micro-level. The movement for civil rights was both focus and inspiration. It was a symbiotic relationship that had a significant effect on jazz form, including the work of Davis and Coltrane although musician/composers such as Charles Mingus and Max Roach were more explicit in their political references.

Jazz is recognised as the US’s only truly indigenous classical art form, and it retains a strong relationship to the movement for civil rights, although it can of course seem somewhat removed from ground-level. On the eve of Barack Obama’s inauguration, former Supreme Court Justice Sandra Day O’Connor co-hosted with Wynton Marsalis “Celebrating America”, a glitzy concert at Washington’s Kennedy Centre featuring the Jazz at the Lincoln Center Orchestra. A champagne supper followed.

The jazz of the late 1950s was produced in very different circumstances, and captured the mood of tempered optimism of a movement gathering in strength. Giant Steps and Kind of Blue are among the high peaks of this extraordinarily fertile period in all the arts.
Source : http://www.ft.com/cms/s/2/e6a9269a-f3db-11dd-9c4b-0000779fd2ac.html

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Re: Giant Steps (1960)

Message par Invité le 08.02.09 15:03

Un de mes préféré, avec la suite, My Favorite Things...

Un monument de la Musique...

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Re: Giant Steps (1960)

Message par Purple Jim le 09.02.09 1:34



J'ai ce vinyle avec des prises alternatives de plusieurs morceaux de "Giant Steps" :

giant steps
naima
like sonny
cousin mary
i'll wait and pray
countdown
body and soul
syeedas song flute
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Re: Giant Steps (1960)

Message par impressions le 09.02.09 4:32

Smile oui c'est dans le coffret vinyle "the heavyweight champion'" je l'ai, avec un grand livret et de belles photos,j'ai bien fait de l'acheter a l'époque,d'ailleurs en ce moment j'ai envie de réécouter des vinyles,il y a quand meme un "grain" qu'on ne trouve pas dans le cd.......(bon faudrait que je me rachète une platine vinyle..)
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Re: Giant Steps (1960)

Message par impressions le 11.02.09 17:21

les amis je vous poste un lien d'un grand "musicos" témoignage de son amour et de sa relation à coltrane Smile http://jazz.blogs.liberation.fr/pfeiffer/2009/02/magma-ferie-une.html (info posté par "wurd" sur un autre forum)
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Re: Giant Steps (1960)

Message par impressions le 15.03.10 19:52

vu une réédition vinyle de giant steps look légerement différrent je ne sais pas ce que çà vaut...... étonnant ce retour du vinyle.
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Re: Giant Steps (1960)

Message par Ayler le 21.08.12 12:58


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Re: Giant Steps (1960)

Message par Tiger le 21.08.12 22:52

Du haut vol technique c'est clair.
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