Sun Ra Quartet : New Steps & Other voices, other blues (1978)

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Sun Ra Quartet : New Steps & Other voices, other blues (1978)

Message par Sony'r le 08.05.13 9:24

Sun Ra Quartet : New Steps & Other voices, other blues (1978)

La réédition: The mystery of being (2011)- Klimt Records - MJJ316- France (3LP)



Les versions originales:

Other voices, other blues (1978) - Horo Records HDP 23-24 Italie (2LP)
New Steps (1978) - Horo Records HDP 25-26 Italie (2LP)





Du 08 au 13 janvier 78 – Horo Records

A1 My Favorite Things
A2 Moon People
A3 Rome At Twilight
A4 When There Is No Sun
B1 Sun Steps
B2 Exactly Like You
B3 Friend And Friendship
C1 The Horo
C2 Sun, Sky And Wind
D1 Springtime And Summer Idyll
D2 Constellation
E1 One Day In Rome
E2 Bridge On The Ninth Dimension
E3 Along The Tiber
F1 Rebellion
F2 The Mystery Of Being

• Drums – Luqman Ali
• Keyboards, Composed By – Sun Ra
• Tenor Saxophone, Percussion – John Gilmore
• Trumpet, Percussion – Michael Ray


Outre le piano et le moog le véritable instrument de Sun Ra c’est son big band, l’Arkestra. Au détour d’un voyage en Italie, voilà qu’il le délaisse pour l’échanger contre une formule plus souple et assez inhabituelle pour lui, celle du quartet. Par n’importe lequel, non, un formidable groupe avec le grand maître lui-même aux claviers, l’extraordinaire John Gilmore au saxophone ténor et aux percussions, une jeune révélation à la trompette, Michael Ray, vingt-quatre ans et déjà une carrière de rockeur derrière lui et enfin Lugman Ali à la batterie.

Le quartet composera deux double albums, deux seront regroupés sur Other voices, other blues et les deux autres sur New Steps. Ces albums sont aujourd’hui difficiles à se procurer à prix raisonnable, fort heureusement, une réédition récente les propose, réunis dans un coffret de trois disques. Celui-ci est assez chiche, peu de renseignements hormis la composition du groupe et les titres. Il ne reprend pas non plus l’ordre originel des morceaux, car des quatre LP il n’en reste plus que trois, toutefois les titres sont cependant regroupés par album.

C’est donc l’album New Steps qui ouvre le coffret et de la plus belle des façons, une magnifique reprise de My favorite things. Y-a-t-il encore quelque chose à dire sur ce standard qui ne l’ai pas déjà été formulé par Coltrane, et bien il faut croire que oui… John Gilmore a les coudées franches et réussit à en refaire une lecture à la fois nouvelle et passionnante. On ne dira jamais assez les mérites de ce grand saxophoniste, John Coltrane a lui-même reconnu la grande influence qu’il a eu sur son propre jeu, tout son talent éclate sur l’ensemble de ces enregistrements dont il assure pour une part l’intérêt. Son jeu empreint d’une grande technicité est mis au service d’une grande simplicité … Cet équilibre est constant dans sa façon de jouer, modeste économe et si brillant ! La partie de basse est assurée par la main gauche de Sun Ra qui créée une atmosphère de délicatesse et de douceur sur tout le morceau, tandis qu’au loin Michael Ray dialogue avec le saxophone…

Moon People sera l’une des seules escapades spatiales de Sun Ra qui joue du synthé sur un accompagnement de John Gilmore aux percussions et Lugman Ali à la batterie, nous voilà plongés quelque part entre Herbie Hancock et Weather Report, pour situer le cratère lunaire…

Rome At Twilight est un morceau calme voué à John Gilmore qui improvise avec maîtrise et surtout au piano de Sun Ra, très inventif et coloré, pour parachever l’effet feutré et intime de l’album Mickael a mis une sourdine sur sa trompette…

La douceur de l’ambiance se perpétue avec When There Is No Sun jolie ballade chantée, cotonneuse, atmosphère ouatée et sourdine sur rythme très lent … Sun Steps ne déroge pas à cette calme ambiance, sur un tempo régulier et minimal joué par Luqman Ali. Sun Ra improvise avec beaucoup de maîtrise un superbe solo de piano, très sensible et subtil à la fois, inscrivant un espace sur lequel les souffleurs pourront déposer quelques riffs bienvenus.

Exactly Like You est la seconde reprise de l’album, dans la tradition, d’où il vient et qui ne l’a jamais vraiment quitté, particulièrement vers la fin de sa vie … Friend And Friendship permet au duo de souffleurs d’exprimer leur verve et leur talent, Mickael ray s’y révèle vraiment en pleine forme, la sourdine toujours présente donne beaucoup d’intensité à chacune de ses interventions, John Gilmore est magnifique comme d’habitude, tandis que Sun Ra plaque les accords à la main gauche et tricote de la main droite formant l’écrin sur lequel il n’y a plus qu’à se poser…

The Horo qui conclue l’album New Steps est ici couplé sur la troisième face du coffret avec Sun, Sky And Wind qui, à l’origine, se situe sur Other voices, other blues. Horo c’est à la fois le nom de la maison de disque Italienne qui produit l’album et aussi le nom des studios, à Rome, où Sun Ra enregistre ces albums. Ce titre s’inscrit parfaitement dans la continuité de l’atmosphère générale qui entoure ses sessions, calme, douceur, quiétude, harmonie, John Gilmore puis Mickael Ray nous offrent deux longs et beaux solos, improvisant l’un après l’autre, un dialogue avec Sun Ra, retenue et délicatesse…

Quinze jours d’intervalle sépareront les deux sessions d’enregistrements. Celles d’ Other voices, other blues dureront deux jours, unité de lieu, de personnel mais aussi d’ambiance et d’atmosphère.
Sun, Sky And Wind se déroule sur ce même tempo fait de calme et de sérénité, Sun Ra s’offre quelques envolées expérimentales assez barrées, faisant parfois penser à Cecil Taylor, mais un Cecil Taylor introspectif et méditatif…
Springtime And Summer Idyll c’est sans doute la douce chaleur de l’Italie qui inspire Sun Ra, ici aux synthé comme dans beaucoup de pièces sur cet album, Michael Ray le rejoint, cette fois-ci sans sourdine, le tempo s’accélère un peu, John Gilmore est acéré, l’ambiance vire funky et rhythm’n blues, ce qui n’empêche pas Sun Ra de torturer son moog pour en tirer quelques sons inouïs comme il les aime.

Nous restons dans une approche expérimentale avec Constellation, une pièce avec un rythme curieux et intéressant joué par Luqman Ali, cette déconstruction est propice aux solos free et Mickael Ray ne s’en prive pas, rendant hommages à ses glorieux prédécesseurs tels Don Cherry et même Lester Bowie. John Gilmore lui aussi se lache sur les accords répétés de façon rythmiques par Sun Ra, mais c’est bien Mickael qui met le feu et nous replonge dans les plus belles années des explosions free les plus débridées !

One Day In Rome, Sun Ra au piano retrouve le blues, sans toutefois suivre la ligne traditionnelle, s’échappant sans cesse du modèle pour créer un à-côté vraiment stimulant, et nous voilà arrivé sur le Bridge On The Ninth Dimension, rythme lent pour cette traversée, le synthé plante le climat, puis les souffleurs avancent, sur le thème du voyage cher à Sun Ra, on retrouve les climats de Lanquidity, trompette en écho, on s’écoute et la traversée se poursuit, rythme lent, sentencieux et léger, Gilmore se fait aérien, il nous emmène… Soudainement tout s’accélère et se précipite, le voyage devient interstellaire, tourbillon, ivresse, le quartet fusionne en un bouillonnement free que perpétue le synthé soutenu par la seule batterie. Anche et Cuivre reviennent en apothéose nous déposer bel et bien dans cette neuvième dimension !

Retour sur terre pour Along The Tiber, incartade bop de haute volée qui met particulièrement en valeur notre trompettiste.
Rebellion nous propose à nouveau un Sun Ra au meilleur de ses expérimentations au synthé, défrichant l’espace sonore en créant un perpétuel bouillonnement des possibles qu’explorent John Gilmore et Mickaël Ray avec une constance et une curiosité sans cesse renouvelée, Luqman Ali lui tient le cadre et délimite l’espace avec maestria. Encore un morceau qui nous renvoie aux bonnes années !

The Mystery Of Being, le mystère de l’être termine ce voyage, nous voila invités à une grande cérémonie spatiale, dans la continuité du titre précédent qui ce prolonge ici avec beaucoup de solennité, voire même de pompe, mais classe, rien de pompier, ici. John Gilmore nous régale de son sens de la mélodie, une sorte de Coltrane économe, à la façon de Thélonious, c’est à la fois essentiel, beau et poignant… Mickaël est un peu plus torturé, dans l’urgence.

Nous avons là un superbe témoignage du bouillonnement culturel dans lequel baigne Sun Ra, un raccourci d’une grande partie de son immense univers musical, qui plonge dans l’histoire du jazz et du blues. Revers de la médaille, peut-être y verra-t-on un manque d’unité, si l’on enchaîne les deux doubles albums. L’exploration à laquelle nous sommes conviés est certes longue, mais très riche et particulièrement originale dans sa forme : le quartet est impressionnant.
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Sony'r

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